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Jérôme Petit, Bolloré Logistics Afrique : “En logistique, le maillon le plus faible conditionne l’efficacité de l’ensemble”

Jérôme Petit, CEO Afrique de Bolloré Logistics. Crédit photo DR

La SITL a décidé de faire du thème de la logistique en Afrique un temps fort de son édition 2018. Jérôme Petit, CEO Afrique de Bolloré Logistics depuis deux ans après avoir mené une partie de sa carrière en Asie, nous décrypte en avant-première les grandes tendances du continent.

Actu-Transport-Logistique.fr : La SITL 2018 met la logistique en Afrique à l’honneur, par le biais du African Logistics Forum, organisé les 21 et 22 marsen partenariat avec le groupe Bolloré Transport & Logistics. Selon vous, quels sont les principaux défis logistiques que doit aujourd’hui relever le continent africain ?

Jérôme Petit : Beaucoup d’investissements et de progrès ont été réalisés ces dernières années en matière d’infrastructures aéroportuaires et surtout portuaires. Le groupe Bolloré Transport & Logistics, qui exploite aujourd’hui 17 terminaux portuaires en Afrique, a d’ailleurs été l’un des moteurs de ce mouvement qui permet de réduire la congestion et d’accueillir des navires de plus en plus grands. En revanche, les autres maillons, en amont et en aval des terminaux, n’ont pas évolué au même rythme, et l’on constate de vrais problèmes d’engorgement et de congestion urbaine. Même chose sur la partie entreposage, où la mise à niveau n’est pas très rapide, comparativement à ce que l’on peut voir dans des pays comme Dubai ou la Chine. Or en logistique, le maillon le plus faible conditionne l’efficacité de l’ensemble. Parmi les défis à relever, on peut citer aussi le manque de fluidité documentaire, le degré limité d’externalisation, mais aussi la faible régionalisation des échanges. Si l’on compare la part du négoce intra-régional en Afrique, par rapport à l’Asie, on est dans un rapport de 1 à 3. L’intra-Afrique ne représente en valeur que 19 % des échanges du continent, contre 50 % en Asie ou 68 % en Europe. C’est symptomatique d’un manque d’industries de production ou de transformation, mais aussi d’un manque de fluidité.

ATL : Quels sont les leviers qu’il vous semble urgent d’actionner pour accélérer l’efficacité du système ?

J. P. : La transformation passe d’abord par la poursuite des investissements dans les terminaux, qui permettent une réduction des coûts logistiques. Mais il faut aussi les intégrer dans un schéma d’ensemble, et c’est tout l’intérêt de l’approche verticale adoptée par le groupe Bolloré Transport & Logistics. Nous déployons un plan d’investissements logistiques de près de 100 M€ sur la période 2017-2018 pour implanter des bâtiments répondant aux meilleurs standards internationaux sur 8 hubs régionaux stratégiques : le Maroc (Tanger Med), le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Ghana, le Cameroun, l’Afrique du Sud et le Kenya. On constate aussi une vraie prise de conscience des enjeux au niveau des autorités dans de nombreux pays. Concernant les terminaux portuaires, par exemple, il devenait indispensable de délocaliser les ports en dehors des zones urbaines engorgées. Le mouvement a commencé. C’est déjà le cas au Cameroun, avec le port de Kribi. En accord avec toutes les parties prenantes locales, Bolloré Transport & Logistics s’apprête à faire la même chose au Sénégal en installant un nouveau pôle d’activité multimodal à 35 km de Dakar. On constate aussi des progrès en matière de dématérialisation des documents dans de nombreux pays africains, avec ou sans la mise en place de guichets uniques.

ATL : Alors que les flux Nord-Sud ont longtemps constitué le socle des échanges de l’Afrique, on constate un fort développement des mouvements avec l’Asie en général et la Chine en particulier. Quelle est votre analyse de la situation et comment Bolloré Transport & Logistics s’adapte-t-il à cette nouvelle donne ?

J.P. : C’est un schéma d’évolution du commerce international que nous avions anticipé depuis longtemps. Depuis 2005, nous avons ainsi mis en place des délégués commerciaux chinois en Afrique dans une vingtaine de pays, pour suivre spécifiquement ce portefeuille de clients. Pour Bolloré Transport & Logistics, les sociétés chinoises sont aussi des partenaires industriels de certains projets car leur volonté de s’installer de manière durable constitue une tendance forte constatée ces dernières années. Au-delà des entreprises chinoises, on voit aussi arriver les sociétés indiennes et coréennes et revenir les entreprises japonaises. Nous accompagnons bien sûr ce mouvement.

ATL : Bolloré Transport & Logistics a très tôt misé sur l’Afrique, mais de nouveaux acteurs approchent ce continent, manifestement attirés par les fortes perspectives de croissance. Comment vous y préparez-vous à l’arrivée de ces nouveaux concurrents ?

J.P. : La crise qui a frappé l’Afrique a plutôt refroidi certaines ardeurs. Des grands noms européens de la commission de transport, notamment, se sont même retirés de certains marchés. On voit par ailleurs s’implanter localement des concurrents chinois. Mais Bolloré Transport & Logistics, présent en Afrique dans 46 pays, a de solides positions. Nous employons 24 000 personnes sur le continent, et nous misons sur la promotion interne et les programmes de formation sur place. Ajoutée à nos investissements pour continuer à densifier notre réseau, cette gestion locale est un atout qui nous place en bonne position pour capter cette croissance africaine.

Source: www.actu-transport-logistique.fr

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