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Transport & supply chain : la pérennité de l’écosystème passera par une plus grande collaboration

Une tribune signée par Diego de Lestapis, directeur associé d’Euklead

La crise saintaire intime aux acteurs de la supply-chain et du transport à reconsidérer leurs habitudes et à s’engager ensemble dans un monde agile basé sur la collaboration entre tous les acteurs de la chaîne logistique. Tous les acteurs de la supply-chain, en France et ailleurs, du fabriquant au détaillant en passant par les transporteurs, ont été mis à rude épreuve par la crise de 2020. Entre la sidération liée à l’arrêt brutal de l’économie en mars et l’éloignement de l’espoir, induit par le reconfinement, de retrouver un jour un monde « normal », tous les maillons de la supply chain ont réagi dans la mesure de leurs moyens. Cependant, si l’opportunisme était la règle pour survivre, il n’est sans doute pas pertinent à plus long terme. Une autre voie est à explorer.

La pandémie a durci les relations

En France, l’espoir d’une reprise de l’économie après sa mise en berne en mars 2020 s’est soldé par un nouveau ralentissement à l’automne empêchant les entreprises de la supply chain de renouer avec l’équilibre. Pour survivre, elles ont mis en place des mesures de sécurisation qui n’ont fait qu’accentuer les tensions.


Dans le secteur du transport routier de marchandises, les perturbations ont conduit les transporteurs à faire face à une complexité inédite comme en témoigne le simple exemple suivant, souvent constaté en avril 2020. Un colis qui ne peut être livré au destinataire en raison de portes closes doit revenir au dépôt et être redistribué ultérieurement. Cet accroc dans l’enchaînement des livraisons rallonge les temps de transports, les kilomètres parcourus, les frais… et se traduit en retards chez les clients suivants, en insatisfaction… Et si les tarifs étaient à la baisse en 2020, il est fort à parier que tous les transporteurs, pourtant rompus à une concurrence féroce, les augmentent pour renouer avec un espoir de rentabilité.


Dans le maritime, les tensions sont criantes en raison du déséquilibre des échanges commerciaux entre l’Occident et l’Asie. « Atelier du Monde », l’Asie poursuit à marche forcée ses exportations vers les entreprises européennes qui stockent en prévision du nouvel an chinois, ou qui, par précaution, cherchent à éviter les ruptures d’approvisionnement connues au printemps 2020. Cette anticipation génère ce que Yossi Sheffi professeur au MIT appelle « les commandes fantômes » – en passant des commandes à des niveaux supérieurs à leurs besoins, les entreprises espèrent en avoir une partie de satisfaite. En revanche, l’Europe, au ralenti, n’a pas rempli les containers de retour en Asie. Les transporteurs ayant horreur du vide ont traduit ce déséquilibre par un doublement des coûts du fret maritime. Et ce, sans que d’autres alternatives soient possibles. Effectivement, le ferroviaire ne dispose pas de lignes suffisantes pour acheminer les volumes colossaux des portes-containers – 8 000 à 20 000 boîtes versus 40 à 80 par train-. Et aucune compensation n’a pu être trouvée dans l’aérien puisque les avions de passagers qui assuraient jusqu’à 70 % du fret de marchandises étaient cloués au sol.

Un nouvel équilibre est possible

Malgré les aides de l’État, certains donneurs d’ordres et transporteurs déposeront le bilan, déséquilibrant un peu plus encore cet écosystème fragilisé. Ainsi, les positions de chacun pourraient continuer à se durcir. Rompre ce cercle vicieux est possible. Trois leviers permettraient de renouer avec un écosystème vertueux.

1. Sécuriser les flux et les moyens
Donneurs d’ordres comme transporteurs devraient avoir une analyse fine du comportement de leurs clients respectifs, du fabricant aux commerçants en centre-ville et aux particuliers. On pense notamment aux horaires de livraison qui pour certains clients sont des vecteurs de satisfaction ! Cette étude est d’autant plus cruciale pour les entreprises de plus en plus nombreuses à miser sur le commerce en ligne. On ajoutera que cette approche demande de maîtriser une toute autre organisation. Les fabricants ont l’habitude des transports par palettes mais pas en petits colis. Ils ne sont pas non plus accoutumés à gérer la complexité des relations avec des consommateurs habiles à user des réseaux sociaux pour attaquer l’image d’une entreprise au moindre retard.


L’enjeu actuel est aussi de s’assurer de la solidité des acteurs en présence. Comme toutes les entreprises, les transporteurs ont besoin de stabilité pour assurer leur pérennité. Si la demande baisse, ils augmenteront les tarifs tout en réduisant la qualité de services faisant des « 24 heures chrono » affichées par certaines marques une promesse vétuste. Aussi, une démarche durable autour d’engagements réciproques entre volume d’activité et niveau de service est souhaitable.


2. Optimiser les coûts de transport dont la non-qualité
Face aux incertitudes, la première réaction des donneurs d’ordres est d’optimiser leur plan de transport en maîtrisant leur budget. Mais aujourd’hui, parce que la non-qualité de services menace, il est indispensable de synchroniser le fonctionnement de chacun des acteurs, donneurs d’ordres et transporteurs, pour assurer la satisfaction finale.
Les prestations des transporteurs seront d’autant plus soignées que les informations fournies par les donneurs d’ordres seront de qualité. Si les transporteurs investissent de plus en plus dans des systèmes d’informations efficients afin de tracer les marchandises jusqu’à la livraison, il est impératif qu’ils disposent de données fiables : lieu de livraison, horaires, nom de l’interlocuteur, nombre de colis… En outre, ne penser les transports qu’en termes de poids comme le fait la majorité des donneurs d’ordres est une vue partielle pour un transporteur. Ce dernier, ayant un volume contraint (un camion constitue avant tout un espace limité), appréhende chaque transport en termes de dimensions de palettes, containers… Les transporteurs, quant à eux, sont invités à plus de transparence. Ils doivent communiquer sur tous les aléas rencontrés : colis jugés non conformes par le client final, adresses erronées, etc.


3. Fidéliser
« Si vous êtes satisfait de votre transporteur en termes de qualité et de coûts, ne changez pas ! Mais pour qu’il vous suive en temps de crise, écoutez-le, partagez et collaborez ! » Ce credo exigeant contraint le secteur à changer de paradigme. En effet, la trop longue pratique de chasse aux prix n’invite pas les prestataires à donner le meilleur d’eux-mêmes dans un contexte aussi complexe que celui de 2020. Le succès de cette nouvelle approche tient ainsi en plus d’implications. Responsabiliser chaque acteur dans sa partie, chaque interlocuteur dans son rôle, y compris le SAV, est une démarche qui reste à inventer pour une majorité d’entreprises. Aujourd’hui encore, les industriels tendent à basculer la charge aux transporteurs au travers de simples protocoles, et ces derniers, par défaut de transparence dans la communication ou par manque de temps pour suivre et analyser les entraves, n’apportent que peu de solutions pour améliorer la fluidité attendue.


L’année 2021 signe le début d’une période qui verra le développement d’un écosystème agile fondé sur le renforcement des relations donneurs d’ordres – fournisseurs. Un modèle qui, espérons-le, en satisfaisant aux exigences de qualité des clients, assurera la pérennité des différents acteurs.

Source:www.voxlog.fr

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