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Vis ma vie de routier : ordonnances, retraite anticipée… au cœur de leurs revendications

« Salut, je te laisse ce tract pour vous expliquer nos actions qui débutent ce 25 septembre ». A chaque nouveau poids lourd qui stoppe au péage de Gennevilliers, en banlieue parisienne, c’est le même topo : syndiqués à la CGT, une poignée de routiers prend cette mission très à cœur. Mobiliser, mobiliser, mobiliser, pour cette journée d’action du lundi 25 septembre 2017…  celle de la dernière chance contre la réforme du code du travail, alors que les ordonnances ont été signées par le président de la République et publiées au Journal Officiel. « Ces ordonnances ont veut les faire abroger toutes, c’est notre but, et on ira jusqu’au bout », explique Michel, l’un d’entre eux, qui arbore fièrement son gilet jaune et rouge souligné du logo de son syndicat. « C’est une grève illimitée qui commence, faut bien le comprendre. La seule chose qui peut nous amener à l’arrêter, c’est l’arrêt de ces ordonnances et la réouverture de vraies négociations, et que le gouvernement nous montre qu’il ne va pas se contenter d’obtempérer pendant tout le quinquennat aux demandes du Medef » (Le syndicat des patrons, ndlr).

 

Et la plupart des confrères, arrêtés au volant de leur camion, est solidaire : « je suis en route pour participer à une opération escargot. S’il faut bloquer des dépôts de carburants on le fera, le temps qu’il faudra. Si nous on n’est pas concernés par cette loi travail, qui l’est en France ? Les routiers sont en première ligne. Ce qui nous inquiète ? La facilité de virer tout le monde, même en CDI ; au lieu d’être à 3 millions de chômeurs on va être à 10 si ça continue ! ». Pour d’autres conducteurs, même non syndiqués, c’est le plafonnement des indemnités prud’homales qui fait peur. Mais beaucoup pensent que les blocages ne servent à rien : « Tout ça va uniquement dans le sens des patrons. Si au bout de 20 ans un chauffeur se fait lourder comme un chien, le patron dira ben non, je vous donne que 10 000 euros, vous avez bossé 20 ans et terminé quoi ». C’est ce que pense Luc, 17 ans de route. Et pourtant, il ne fait pas grève ce lundi 25 septembre 2017 : « ça sert à quoi ? A rien. En 1992 on a bloqué pendant un mois pour protester contre le permis à points. Un mois, sans salaire et résultat ? Il est passé le permis à points ».

 

Même si elle ne rentre pas dans le cadre des 5 ordonnances signées et publiées au JO, la question de la retraite préoccupe aussi profondément les routiers. Ils redoutent que leurs congés de fin d’activité ne leur soit plus accordés : «  Et ça, si on nous le sucre, je peux vous dire que ça va chauffer », explose Marcel, 38 ans de route. « C’est ça qui nous donne aussi encore un peu le sentiment qu’on nous reconnaît, même a minima, la pénibilité de notre métier. Le travail, la fatigue, l’usure, les horaires décalés, les dangers sur la route, ça se dédommage. Cette indemnité de fin d’activité elle nous permet de partir un peu plus tôt à la retraite, avant de commencer à perdre nos réflexes avec l’âge, alors que c’est un métier où si t’as plus de réflexes, t’es mort et tu fais prendre des risques aussi aux usagers ».

 

Instauré en 1997 par un accord national professionnel, ce congé de fin d’activité, réservé aux conducteurs routiers de transport, de marchandises, de déménagement et de transports de fonds et valeurs, permet aux professionnels de la route ayant à leur actif au moins 26 ans de métier (20 ans pour les convoyeurs de fonds) et âgés de 57 ans minimum, de cesser leur activité. Pour cela, l’employeur cotise à hauteur de 60%, et le salarié à hauteur de 40%. En contrepartie de chaque départ, l’entreprise s’engage à une embauche. Le routier qui part à la retraite s’arrête donc 5 ans avant l’âge légal, tout en conservant 75% de son salaire brut jusqu’à la retraite. Tandis que dans le même temps un autre salarié bénéficie d’un CDI (Contrat à Durée Indéterminée).

 

Sauf que l’Urssaf assimile les sommes versées à une « préretraite taxable à 50% », et plusieurs caisses ont ouvert des contentieux avec les entreprises de transports, et procédé à des redressements. En avril 2017, à la toute fin du quinquennat Hollande, un accord a donc été passé entre l’Etat et les Fédérations d’employeurs et de salariés du transport routier, pour un arrêt de toutes les démarches de contentieux et de redressements entreprises par l’Urssaf, et pour une sécurisation sur 3 ans minimum de ce CFA (Congé de Fin d’Activité), en échange d’une modernisation de ses modalités d’application. Mais aujourd’hui, rien ne garantit que le gouvernement d’Edouard Philippe, et la nouvelle ministre des Transports Elisabeth Borne, ne poursuivent dans le sens de leurs prédécesseurs : en effet, l’engagement devait être concrétisé par une inscription des termes de l’accord dans le prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS). Or, le texte tel qu’il est prévu pour l’instant, ne mentionnerait pas du tout cet accord…

Source: www.jobtransport.com

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